« Le plaisir de mener un projet sur le long terme »

Entretien avec Guillaume Gendron et Justine Salavestroni

Guillaume Gendron et Justine Salvestroni (promotion 2013) ont obtenu en 2013 le deuxième prix (prix Santé & Citoyenneté) pour leur webdoc portant sur le handicap et les ESAT (Etablissement et service d’aide par le travail).

Retour sur expérience.

SONY DSC

Comment cette idée de reportage vous est-elle venue ?

Guillaume : Le thème du concours était assez précis et a largement guidé notre choix de reportage. Il fallait aborder le handicap sous un angle de « synergie entre public, privé et associatif ». Nous avons donc cherché un sujet qui ait des enjeux socio-économiques sans trop donner dans le « pathos ». Rapidement, l’idée nous est venue de regarder de plus près la problématique du travail des personnes handicapées. Puis nous avons entendu par hasard sur France Info un sujet sur une blanchisserie dont tous les employés étaient handicapés psychiques ou mentaux.

Justine : En fouillant un peu, nous avons découvert qu’il s’agissait d’une Entreprise adaptée, ce qui nous a amené à nous intéresser au « milieu protégé », et en continuant nos recherches, aux Etablissement et service d’aide par le travail (ESAT). Mais c’est seulement en visitant l’atelier de l’Etai qu’on a vu les possibilités du sujet.

Vous attendiez-vous à trouver cette réalité-là ?

Justine : Au départ, le sujet nous paraissait relativement « exotique », nous n’avions aucune connaissance de l’existence de ces établissements.

Guillaume : Puis je me suis rappelé de l’association des « Hirondelles » dans l’Aude, qui sont en fait les précurseurs des CAT, et qui venait régulièrement dans mon école primaire vendre des brioches. En tout cas, ce qui nous a le plus surpris, c’est à quel point le monde protégé est un secteur dense, ramifié et intégré dans l’économie « ordinaire », tout en étant assez occulté et en partie inconnu du grand public. Ce qui paraît fou, alors que le travail en prison, avec lequel les Esat peuvent être comparés, est une thématique assez rebattue…

Comment vous y êtes vous pris techniquement sur place ?  Avec quel matériel et quelles modalités ?

Justine : On a fait pas mal de repérages, en visitant le centre en amont avec le psychologue de la structure qui nous a beaucoup aidé à saisir les enjeux, puis en rencontrant le directeur. Pour ce qui est du tournage, on a fait une semaine d’immersion sans quasiment rien filmer, pour que les travailleurs nous acceptent et oublient la caméra et notre présence avant de venir quasiment tous les jours pendant presque deux semaines d’affilée.

Guillaume : C’était essentiel de ne pas avoir une démarche « violente » de reportage filmé en vitesse…

Capture d¹écran 2013-11-10 à 22.25.05

Quel matériel / logiciel avez-vous retenu, et pourquoi ?

Guillaume : Par pur choix esthétique, on avait l’intention dès le départ d’utiliser un appareil photo Reflex (en l’occurrence un Canon E550 D) pour filmer. Et puis on a découvert qu’il y avait plein d’autres avantages à ce choix, le fait que ce soit moins intimidant qu’une caméra, plus mobile et nous n’avions pas besoin d’utiliser le matériel de l’école et d’en être dépendant.

Justine : Pour l’intégration, la question de n’est pas posée, Djehouti est partenaire du Prix. Olivier Lambert nous en a enseigné les bases, ensuite le logiciel est plutôt simple à utiliser, il n’y a pas besoin de savoir coder.

Guillaume : Aussi, la bourse nous a permis de payer deux graphistes pour nous aider sur les infographies et le design, ce qui était un luxe à notre niveau. Et nous avons pu nous payer un pied de caméra, un micro, et des archives de l’Ina.

Capture d¹écran 2013-11-10 à 22.25.21

Qu’avez-vous ressenti quand vous avez su que vous étiez lauréats du prix ?

Justine : Du soulagement quand on a reçu la bourse de réalisation en décembre, sinon nous aurions dû laisser tomber le projet alors que tout était prêt. Et, en apprenant que nous avions le deuxième prix, une joie discrète parce que nous avons lu le mail quand nous étions en cours…

Guillaume : Même si forcément on était un petit peu déçus de ne pas finir premier.

Ce reportage vous a-t-il donné des idées et envies pour la suite puisque vous avez quitté il y a peu l’IFP avec votre diplôme en poche ?

Justine : Oui, nous avons l’intention de refaire un webdoc à l’avenir. Avoir réalisé celui-ci nous a déjà beaucoup appris, notamment sur ce qu’il faut faire et ne pas faire ! Mais c’est un format qui évolue très vite, donc notre prochain projet sera probablement très différent.

Guillaume : Il ne reste plus qu’à trouver le temps et les financements pour le faire !

Si vous aviez à retenir un souvenir marquant vos deux années à l’IFP, quel serait-il ?

Guillaume : Je n’arrive pas à isoler un moment en particulier, mais la séance webdoc, pour y revenir, a été vraiment plaisante. On avait une grande indépendance, le plaisir de mener un projet sur le long terme et dans une certaine liberté tout en ayant les conseils avisés d’Olivier Lambert.

Justine : Le tournage et le montage du webdoc, bien sûr, et l’excellente ambiance dans la promo

Propos recueillis par Jean-Baptiste Legavre, directeur de l’Ecole

Pour plus d’informations, vous pouvez retrouver ce webdocumentaire sur ce lien.

« Plus importants que les modèles, ce sont les principes du métier qu’il faut acquérir »

Bruno Daroux (DR - RFI)

Entretien avec Bruno Daroux, intervenant radio à l’Ecole de journalisme de l’IFP

Diplomé de Science-Po, passé par l’école de la BBC, Bruno Daroux a longtemps été grand reporter. De 2007 à 2012, il a dirigé le service International de RFI. Il y est aujourd’hui directeur de la rédaction Monde. Entre deux émissions, il pratique le micro « en famille », à l’Institut Français de Presse.

Lire la suite

« Faire passer le plaisir de faire de la radio »

Entretien avec Pascal Paradou, journaliste à RFI et intervenant radio

Pascal Paradou / Photo IFP (DR)

« J’ai vite réalisé que je ne serai pas un grand comédien. Alors tentons d’être un bon journaliste ». Il ne faut pas voir la moindre trace de résignation dans les propos de Pascal Paradou, journaliste à RFI et formateur radio à l’IFP. Le journalisme a toujours été une « évidence ». Le théâtre, sa grande passion d’adolescent, lui a permis de trouver sa vocation, «un peu de représentation, un peu de narration». Animateur de l’émission Culture Vive sur RFI pendant 12 ans, il a fait son trou étape par étape. Passé par l’ancêtre du Master de l’IFP, il a fait l’IUT de Bordeaux avant d’entrer à RFI à la faveur d’un stage, de piges et de remplacements en tous genres. Un « parcours du combattant » avant d’intégrer le service politique, puis d’animer une émission de débat international et enfin de créer l’émission Culture Vive, qu’il a présentée jusqu’à sa disparition en juillet 2012. Il est aujourd’hui adjoint à la direction de RFI, en charge des magazines.  

Avec Daniel Desesquelle et Bruno Daroux, il est l’un des trois formateurs des sessions radio de la première année de Master. 

Qu’enseignez vous dans vos cours ?

C’est Daniel Desesquelle, le responsable radio de l’IFP, qui fixe le cap, pour moi et Bruno Daroux. Donc de la présentation, différents types de papiers … Et pour moi, deux choses en particulier :  d’abord, savoir s’adresser à quelqu’un, imaginer un auditeur. On ne parle pas pour soi. Ensuite, chasser toutes les facilités de langage. Je déteste les formules toutes faites, les mots valises. On ne peut pas être un bon journaliste si on se laisse aller à ça. L’imprécision d’un mot peut induire un sens différent.

Mais ce que j’essaye de faire passer avant tout, c’est le plaisir. On ne peut pas faire de la radio si on n’a pas de plaisir.

Que vous apporte le fait d’enseigner à l’IFP?

Ca me repose ! Sérieusement, je trouve cela formidable de tenter de transmettre une exigence, une passion. En plus, vous êtes tous enthousiastes… Personne n’est là par hasard et vous avez tous des parcours différents. Vous m’avez appris des choses aussi bien sur les sujets que sur les façons d’entrevoir les évènements.

Je déteste les formules toutes faites…On ne peut pas être un bon journaliste si on se laisse aller à ça.

Des conseils à donner à un jeune journaliste ?

Prendre du plaisir. Avoir un minimum de confiance en soi. Ne pas s’inquiéter outre mesure si les débuts ne correspondent pas à ce que l’on avait imaginé. La vie professionnelle est longue. Vous avez le temps d’évoluer. Il faut garder la flamme et être patient. Je me souviens d’un chef d’agence qui m’avait dit qu’il fallait dix ans pour acquérir son style. Il n’avait pas tout à fait tort.

Il faut aussi savoir dire non aux pressions qui voudraient qu’on écrive toujours plus vite, qu’on vérifie de moins en moins. Il faut faire attention aux pressions de notre propre métier.

Avez-vous un modèle dans le journalisme ?

Modèle, c’est beaucoup dire, mais j’ai été bercé par Jacques Chancel. Il n’est pas étranger à mon désir de faire de la radio. Je rentrais rapidement de l’école pour l’écouter. Au fin fond de ma campagne, il a été une ouverture sur ce genre de choses que je ne connaissais pas. Et puis il prenait le temps, laissait les silences se faire. J’ai eu aussi beaucoup de sympathie et d’admiration pour le très polyvalent Bernard Rapp (un ancien de l’IFP ndlr), présentateur du JT sur Antenne 2, décédé en 2006. Il avait une émission dans les années 80, L’Assiette anglaise, un mélange d’impertinence à l’anglaise, d’intelligence et d’accessibilité.

Propos recueillis par Elodie Corvée (promotion 2012)

Photo : Léonor Lumineau (promotion 2012)

« Les journalistes doivent développer une relation interactive avec leur public. »

Entretien avec Josiane Jouët

Josiane Jouët - Photo IFP : Sara Taleb

Entre la recherche et le journalisme, le cœur de Josiane Jouët a beaucoup balancé. Après avoir fait des études à Sciences Po, passé un doctorat de sociologie et suivi un master de journalisme à l’université de Columbia (New-York), elle a finalement opté pour la recherche. Ses premiers travaux ont porté sur le rôle des médias dans le pays du Sud, puis dans les années 1980, elle a activement participé à l’émergence du courant de recherche sur les usages sociaux des technologies de l’information et de la communication. 

Avant d’arriver à l’Institut Français de Presse, en 1998, où elle enseigne et effectue ses travaux de recherche au sein du laboratoire de recherche Carism, elle a un eu parcours professionnel « atypique », comme elle aime à le définir : coopérante en Côte d’Ivoire (chargée de recherche et responsable vidéo pour l’éducation non formelle), chargée de recherche à l’Institut national de l’audiovisuel, maître de conférences à l’Université de Nairobi (Kenya) et directrice de l’école de journalisme pendant trois ans, chercheur au Centre national d’études des télécommunications, actuellement Orange Labs, puis professeur des universités à l’Université Rennes II.

Qu’apprend-t-on dans votre cours ?

Pour les étudiants en journalisme, je donne un cours sur les audiences et les publics des médias. J’explique la façon dont les diverses mesures d’audience de la presse, la radio, la télévision et l’internet sont construites. Ce sont des choses essentielles à savoir car les journalistes ne travaillent pas en vase clos : ils s’adressent à des audiences spécifiques qui sont mesurées et ces mesures sont cruciales pour obtenir des revenus publicitaires. Il est important que les jeunes journalistes sachent combien ces mesures d’audience conditionnent de plus en plus la façon dont on leur demande de travailler. C’est particulièrement le cas pour la presse en ligne car les journalistes doivent développer une relation interactive avec leur public.

L’autre dimension de mon cours concerne les sondages d’opinion. La presse a une forte consommation de sondages d’opinion et je m’aperçois qu’ils sont très mal exploités et commentés par les journalistes. J’estime qu’il est important, au niveau déontologique, que les journalistes apprennent à lire les sondages et à faire attention à la marge d’erreur qui est de 3 %. A mon avis, cela fait partie de l’ensemble des connaissances que doivent maîtriser, du moins à minima, les journalistes pour bien exercer leur métier.

La technologie doit rester un outil au service du journalisme.

Que vous apporte d’enseigner à l’IFP ?

J’aime beaucoup le contact avec les étudiants. Leurs questions sont gratifiantes ; elles me posent aussi à moi-même des questions et c’est un bon retour par rapport à la diffusion de connaissances, à la démarche de réflexion que j’essaie de faire passer. Et puis, comme je suis sociologue, cela me permet d’observer la société. Au fil des années on voit les générations passer et les étudiants changer. A titre d’exemple, la fascination qu’ils ont actuellement pour les technologies numériques. On se retrouve à faire des cours à des étudiants plus compétents que vous au niveau de la maîtrise des technologies. Mon rôle est aussi de démontrer que la technique n’est pas suffisante. Elle doit rester un outil au service du journalisme.

Un conseil à donner à un jeune journaliste ?

Je ne sais pas si l’on peut vraiment donner des conseils. Je pense qu’il faut surtout prendre conscience que le journalisme est un métier de vocation. Un de mes enseignants à Columbia, Fred Friendly, le célèbre journaliste reporter de CBS, nous rappelait toujours la qualité essentielle pour être journaliste : «To have fire in the belly». Avoir le feu au ventre. C’est quelque chose que l’on a en soi et que l’on doit sentir. Pour être un bon journaliste, il faut avoir «le feu sacré».

Propos recueillis par Elodie Corvée (Promotion 2012)

Photo : Sara Tabel (Promotion 2013)

– – – – – – – – – – – – – – –

+ A lire : « Le multimédia relativise la puissance du web », un entretien de Josiane Jouët réalisé en 2011 par les deuxième année du Master et publié sur le blog de LesEchos.fr, Le Cercle

« Apprendre à douter de soi, de ses convictions, de ses emportements »

Entretien avec Eric Pelletier, journaliste à L’Express et chargé du séminaire «Investigations» à l’École de journalisme de lIFP

Eric Pelletier / Photo IFP : Léonor Lumineau

Eric Pelletier est un ancien de l’école de journalisme de l’IFP. Il a rejoint le service Investigation de L’Express (aujourd’hui rebaptisé Enquêtes) en 2000, après six années passées au Figaro (aux services Vie à Paris puis Société). Agé de 43 ans, il est titulaire  du Dess Techniques de l’information et de la communication (IFP-Paris II) en 1992, d’une maîtrise en Information et communication obtenue à Lyon III (en 1991) et d’un Deug Histoire et Deug Culture et communication obtenu à Lyon II (en 1989). Son dernier ouvrage paru (avec J.-M. Pontaut) porte sur l’ Affaire Merah (Michel Lafon). A l’IFP, il tient un séminaire de deux semaines sur les techniques d’investigation en seconde année. 

Que cherches-tu à apporter aux étudiants ? 

Je ne conçois pas cette session d’enquête comme un cours magistral. Il s’agit bien sûr d’aborder avec les étudiants les aspects techniques d’une investigation journalistique – je veux leur donner les armes pour la mener à bien. Mais j’entends aussi leur offrir un bagage, en suscitant chez eux une réflexion déontologique sur les sources, leurs motivations et leur protection, par exemple. Sur le terrain, ils seront libres d’appliquer ou non ces conseils : chaque enquête journalistique est unique car elle est avant tout humaine.

Qu’est ce t’apporte l’enseignement ?

Dans ces conditions, l’enseignement n’est jamais à sens unique. Il prend souvent la forme d’un échange avec des étudiants qui, à ce stade, ont déjà une bonne expérience de terrain. Du coup, cette parenthèse dans mon métier de journaliste me permet de m’interroger sur mes propres pratiques professionnelles. Des pratiques tellement répétées qu’elles paraissent innées. A quoi sert une accroche ? Comment l’écrire ? Il est très sain de revenir aux fondamentaux.

As-tu des modèles journalistiques ?

Un modèle ? Ce serait Albert Londres pour l’élégance de sa plume et la noblesse de ses combats. Mais au quotidien, je me régale de la lecture d’un confrère ou d’une consœur. Il est tellement agréable d’être surpris par une information, séduit par une formule, accroché par une voix ou impressionné par une photo.

Si tu avais un conseil à donner à un jeune journaliste, quel serait-il ?

Se défier de soi-même. On apprend dans les écoles de journalisme à douter des faits, en s’imposant de les recouper avant publication. Mais je pense que l’on devrait aussi apprendre à douter de soi, de ses convictions, de ses emportements ce qui est sans doute difficile quand on a une vingtaine d’années. La vie est inventive: elle place le journaliste face à des situations rarement prévisibles, jamais monochromes. C’est pourquoi à L’Express, je cosigne souvent les papiers. Ce double regard représente une garantie pour le lecteur.

Tu as publié il y a peu un livre sur Merah. Comment s’est déroulé ce projet ?

Ce fut un projet d’une incroyable intensité, mené avec Jean-Marie Pontaut. Nous avions le sentiment de connaître l’affaire pour l’avoir suivie lors de la survenance de l’événement, en mars 2012. Nous nous trompions. L’examen du détail des faits nous menait à d’autres informations, insoupçonnées celles-ci. Elles rebondissaient de Toulouse au Pakistan, en passant par les Etats-Unis. Quant au portrait de Mohamed Merah, ce terroriste d’un genre nouveau, il nous obligeait à revenir sur les traces de son enfance chaotique. Sa voix, enregistrée lors de la négociation avec le Raid, le rendait presque vivant.

L’information était cadenassée à double tour par le secret de l’instruction et le secret défense. Pourtant des sources multiples nous ont accordé leur confiance. La confrontation avec les faits fut douloureuse. Mais que dire de la rencontre avec deux familles, chacune vivant la douleur à sa manière? On ne ressort pas indemne d’un tel voyage.

Quel souvenir gardes-tu de l’IFP dont tu es un ancien élève ?

Mon passage à l’Institut français de presse (1991-1992) fut pour moi un carrefour d’un point de vue personnel et professionnel. Je réalise à quel point il m’a « façonné ». J’y ai rencontré parmi mes meilleurs amis. J’ai fait connaissance avec la radio (c’était la première année d’enseignement de Daniel Desesquelle). Le cours de Francis Balle constituait une ouverture sur le monde où pour la première fois j’ai entendu prononcer le mot « Internet ». J’ai obtenu les stages au Monde Rhône-Alpes et au Figaro qui m’ont permis d’intégrer la vie professionnelle grâce aux enseignants qui m’ont fait confiance. Les conditions de travail n’étaient cependant pas celles d’aujourd’hui : elles étaient beaucoup plus modestes (cette fameuse salle de cours éclairée par un soupirail !). Et surtout l’école ne disposait pas encore de reconnaissance officielle…

Propos recueillis par Jean-Baptiste Legavre, directeur de l’École de journalisme de l’IFP

Photo : Léonor Lumineau (Promotion 2012)

« Ne plus avoir une idée abstraite des règles de déontologie »

Diane de Bellescize / Photo IFP : Léonor LumineauTrois questions à : Diane de Bellescize, chargée de cours à l’école de journalisme de l’IFP

Diane de Bellescize est agrégée d’anglais et de droit, spécialisée en droit public et en droit de la communication. Elle a débuté sa carrière à l’Université Panthéon-Assas et enseigne à l’IFP depuis 1983. En parallèle, elle est également professeur de droit public à l’université du Havre. Elle est membre du conseil d’administration et du comité juridique de Reporters Sans Frontières.

Quel est l’objectif de vos cours à l’IFP ?

J’enseigne la déontologie aux étudiants de première année. C’est important parce qu’ils ont souvent une idée abstraite des règles de déontologie. En France, elle est largement dictée par la loi et le juge, parce que les journalistes refusent l’autorégulation.

L’objectif est de faire comprendre aux étudiants qu’il y a des règles strictes et que, par exemple, une atteinte à la présomption d’innocence vous poursuit toute votre vie, surtout aujourd’hui, car sur internet il n’y a pas de droit à l’oubli. Le cours comprend notamment des séances à la Chambre de presse qui permettent aux étudiants de voir comment s’appliquent les règles de déontologie.

En matière de déontologie, il y a des règles strictes et une atteinte à la présomption d’innocence vous poursuit toute votre vie…

En deuxième année, j’essaie de rendre le cours encore plus dynamique en faisant venir plusieurs intervenants, avocats, magistrats syndiqués, procureurs, lors d’une semaine entièrement consacrée à la justice.  L’objectif est de donner aux étudiants un tour d’horizon du fonctionnement des différentes juridictions de façon à ce qu’ils puissent rédiger des articles sur les grands problèmes du moment comme la réforme de la garde-à-vue, mais aussi, par exemple en presse quotidienne régionale, couvrir des affaires judiciaires sans faire d’erreurs de vocabulaire.

Qu’est-ce que cela vous apporte d’enseigner à l’IFP ?

Je pense que les journalistes sont des personnes qui apportent beaucoup, à condition de faire leur travail en respectant les règles déontologiques. C’est pourquoi je suis intéressée par le fait de les former, d’avoir des contacts avec eux. Il y a un véritable échange car les étudiants en journalisme disent ce qu’ils pensent. Dès le début, on sait dans quoi ils s’engagent, et j’ai l’impression de pouvoir les aider. C’est intéressant de  suivre ensuite leur carrière.

Quels conseils donneriez-vous aux futurs journalistes ?

Si j’avais un seul conseil à donner, ce serait de respecter la présomption d’innocence. C’est là que les journalistes sont les plus terribles, parfois sans s’en rendre compte. En France, dès qu’une personne est « mise en examen », elle est jugée coupable par tous. Il faut faire attention. La présomption d’innocence, c’est un point sur lequel la plupart des journalistes trébuchent.

Propos recueillis par Marion Perrier (Promotion 2012)

Photo : Léonor Lumineau (Promotion 2012)

« Faire un journal, c’est une création à la fois fragile et magique »

Entretien avec Françoise Fressoz, éditorialiste au Monde et professeure associée à l’IFP

Françoise Fressoz, journaliste au Monde, vient de rejoindre l’Ecole de journalisme de l’IFP. Elle y sera la référente en presse écrite. Elle succède à Bertrand Le Gendre parti à la retraite.

Françoise Fressoz, outre deux maîtrises, en histoire et en information-communication, est diplômée du Centre de Formation des Journalistes (CFJ). En 1982, elle entre à Libération. Au  quotidien de Serge July, elle est journaliste au service économique et social. Elle suit notamment la fermeture des mines de charbon et les restructurations sidérurgiques qui marquent le premier septennat de François Mitterrand. En 1988, elle est engagée aux Échos où elle couvre la conjoncture, le budget et la fiscalité. Françoise Fressoz y fonde ensuite le service « Politique-société » qu’elle dirige avant de devenir éditorialiste. Elle rejoint Le Monde en 2009 comme chef du service « France-Europe ». Elle est aujourd’hui éditorialiste au quotidien du soir.

Pourquoi rejoindre l’Ecole de journalisme de l’IFP ?

L’IFP a tissé des liens étroits avec Le Monde depuis plusieurs années. Le journal accueille régulièrement des étudiants venant de cette école. Sa réputation est très bonne. Nous apprécions le professionnalisme et la double formation universitaire et journalistique des étudiants. Lorsque vous m’avez proposé de succéder à Bertrand Le Gendre, j’ai accepté avec enthousiasme.

Vos premières impressions ?

L’esprit de groupe est la première chose qui m’a frappée à l’IFP. C’est bien car l’entraide est importante dans ce métier, elle est même essentielle : un journal est un collectif, et c’est le collectif qui créé la dynamique. Je l’ai vérifié dans toutes les rédactions auxquelles j’ai appartenu.

La profession est en pleine mutation, pour faciliter l’intégration des étudiants, il faut viser d’emblée l’excellence.

Vous avez en charge en particulier un cours sur les fondamentaux de la presse écrite et le quotidien école, qu’essayez-vous de faire passer auprès des étudiants de l’IFP ?

La passion du métier et le haut niveau d’exigence qu’il requiert : rigueur des horaires, vérification des faits, strict respect de la déontologie. La profession est en pleine mutation, pour faciliter l’intégration des étudiants, il faut viser d’emblée l’excellence. Mais heureusement cette excellence ne va pas sans plaisir. Ecrire c’est-à-dire trouver le bon angle, choisir le mot juste, décider de quelle façon raconter l’histoire pour retenir l’attention du lecteur, procure une intense satisfaction. C’est aussi une nécessité. Nous sommes saturés d’informations, seul l’écrit permet de prendre le temps de raconter et d’expertiser.

Qu’est ce qu’un bon papier ? C’est une alchimie si complexe que la réponse n’est pas évidente.

Que vous apporte l’enseignement ?

Le plaisir d’échanger avec les jeunes qui ont leur propre regard sur la profession, l’intérêt de transmettre les «  trucs » du métier que l’on a intériorisés tout au long de sa vie professionnelle sans avoir eu le temps de les théoriser, la recherche d’un vrai mystère : qu’est ce qu’un bon papier ? C’est une alchimie parfois si complexe que la réponse n’est pas évidente.

Je pense aussi que dans la crise que traverse la presse écrite, il y a une bataille à mener par rapport à Internet. Je n’ai pas dit contre mais par rapport à…. Internet fournit aux journalistes une masse d’informations en un temps record. C’est un énorme atout. Encore, faut-il savoir les vérifier et les hiérarchiser. Faire un  journal c’est prendre le lecteur par la main, lui  proposer une hiérarchie dans laquelle il se retrouve, diversifier le menu pour ne pas le lasser, écrire une histoire susceptible de l’intéresser. C’est une création à la fois fragile et magique.

Avez-vous ou avez vous eu des modèles dans le monde journalistique ?

Pas un mais plusieurs : François Mauriac, François Giroud pour la qualité de leurs billets, André Ribaud pour la qualité de ses pastiches parus dans Le Canard Enchaîné (le Roi, la Cour, le Règne), Jean Lacouture pour la qualité de ses reportages et de ses enquêtes qui s’apparentent à un vrai travail d’historien, Eric Fottorino pour son humanité , sa curiosité et sa plume et tant d’autres encore.

Quel(s) conseil(s) donneriez-vous à un futur journaliste ?

S’accrocher même si la profession est en pleine mutation et ressemble parfois à un grand corps malade. C’est un métier formidable mais il faut être exigeant avec soi-même car rien n’est automatique.

Entretien réalisé par Jean-Baptiste Legavre, directeur de l’Ecole de journalisme de l’IFP

« Je suis heureuse lorsque je découvre un regard, un point de vue sur le monde »

Entretien avec Yamina Zoutat

Yamina Zoutat est journaliste et auteur-réalisatrice de documentaires. Elle enseigne à l’Institut Français de Presse depuis 2005 et en dirige le département vidéo depuis 2009. Pendant 12 ans, elle a été journaliste rédacteur au service Justice de TF1. Elle a notamment couvert le procès de Maurice Papon, l’affaire du sang contaminé ou encore le procès de Marc Dutroux en Belgique. Elle a quitté la rédaction de TF1 en 2006 pour devenir réalisatrice de documentaires. Son premier film « Les lessiveuses » parle des mères de prisonniers. Il a été diffusé dans de nombreux festivals et a notamment reçu le prix de la création au festival « Visions du réel » de Nyon. Le tournage de son second documentaire est en cours.

En quoi consiste votre cours à l’Institut Français de Presse ?

Il s’agit d’une initiation aux diverses techniques de la TV pour les M1, et de leur approfondissement pour les M2. Je suis très exigeante en matière d’écriture. Ce n’est pas parce qu’on fait de la télé que l’on n’écrit pas. Les notions de grammaire, de syntaxe, de vocabulaire sont capitales en télévision. Même le montage est une forme d’écriture, en termes de rythmes, d’enchaînement des plans… Qui dit « écrire » dit aussi « penser ». Le langage télévisé, fragmenté, l’image, tout cela correspond bien au monde contemporain.

Depuis que j’ai intégré l’Ecole en 2005, mon cours a beaucoup évolué. Aujourd’hui, j’accentue beaucoup plus sur la prise en main de la caméra. Même pour de futurs rédacteurs, il faut avoir des connaissances techniques, ajouter des cordes à son arc. Je m’appuie sur mes propres évolutions. En quittant TF1 pour réaliser des documentaires, je me suis soudain retrouvée derrière la caméra.

Qui dit « écrire » dit aussi « penser ». Le langage télévisé, fragmenté, l’image, tout cela correspond bien au monde contemporain.

A l’avenir j’aimerais aussi pouvoir travailler le format documentaire en cours. Le JT n’est plus le passage obligé de la télévision. D’anciens étudiants du Master sont entrés dans le métier en rejoignant des boîtes de production, par le format magazine. D’autres se sont tournés vers le webdocumentaire. C’est une évolution récente que nous avons déjà prise en compte à l’IFP avec des cours axés sur les webdocumentaire, à développer encore.

L’échange avec les étudiants m’apporte aussi beaucoup en retour. Le questionnement des étudiants me force à regarder les choses différemment. C’est extrêmement précieux pour moi. J’aime voir leurs reportages, je suis heureuse lorsque je découvre un regard, un point de vue sur le monde.

Et votre rôle de responsable du département ?

La charge de ce département est une grosse responsabilité. Il faut anticiper les évolutions du métier, ne pas se tromper sur ce qui fera la force des étudiants de demain. Chaque année, l’enseignement change, évolue.

En tant que responsable du département vidéo, je suis chargée de faire venir les intervenants extérieurs. Je tiens à ce qu’il y ait une forme d’équilibre entre les journalistes venus du public et du privé. Sans parti pris, sans a priori. Selon les années nos formateurs viennent de France 2, France 3, TF1, iTélé, BFM, M6… J’essaye aussi de faire venir des journalistes de la nouvelle génération et des plus anciens. C’est important pour les étudiants de se confronter à des pratiques et à des conceptions du métier différentes. A eux ensuite de se faire une opinion.

Cette approche porte ses fruits, l’IFP a eu d’excellents résultats ces dernières années, y compris dans la catégorie JRI. Cette année, les cinq candidats que nous avions présentés à France Télévisions ont tous obtenu un CDD, dont deux JRI.

A l’IFP, il y a une vraie volonté d’anticiper, d’expérimenter, en particulier autours des nouveaux médias.

Pourquoi avoir choisi d’enseigner à l’IFP ?

Quand je suis arrivée à l’IFP, j’ai tout de suite apprécié l’esprit qui y régnait. Il y a un vrai collectif et beaucoup d’échanges au sein de l’équipe pédagogique. C’est une école qui cultive une forme d’esprit critique vis-à-vis du métier, nous tenons beaucoup à poursuivre le questionnement sur les pratiques, le métier, l’éthique. Être un journaliste performant, c’est aussi avoir du recul et de la distance.

L’IFP est devenu une école en pointe, pas seulement sur ses points forts de toujours comme la presse écrite. C’est une école très dynamique où l’on pense beaucoup mais où on agit aussi. Il y a une vraie volonté d’anticiper, d’expérimenter, en particulier autours des nouveaux médias. Le département vidéo a pris une place très importante : l’image permet de travailler sur tous les supports.

Propos recueillis par Nathanaël Vittrant (Promotion 2012)

Photo : Léonor Lumineau (Promotion 2012)

« Donner des repères, contextualiser, prendre du recul »

Entretien avec Rémy Rieffel

Ancien élève de l’ENS-Saint-Cloud, agrégé de Lettres modernes, Rémy Rieffel s’est spécialisé en sociologie (docteur ès Lettres). Après avoir enseigné pendant quelques années dans le secondaire, il est nommé maître de conférences en sociologie des médias à l’IFP en 1988, puis professeur en 1993, avant de diriger l’Institut (1994-1999), puis le Master de journalisme (1999-2011). 

C’est sous votre direction que la formation en journalisme dispensée à l’IFP a été, selon l’expression consacrée « reconnue par la profession »…

Quand j’ai pris en charge la formation en journalisme, elle était un DESS sur une année qui s’intitulait « Techniques de l’information et de la communication », avec des étudiants qui se destinaient au journalisme ou à la communication. Je co-dirigeais alors la formation avec Diane de Bellescize et nous avions décidé de recentrer le DESS sur le journalisme en faisant le pari de la reconnaissance. Nous nous sommes battus pour cela.  Dans un premier temps, nous avons demandé une dérogation au ministère pour que le DESS devienne une formation en trois semestres, condition sine qua non pour obtenir la reconnaissance, puis nous avons monté un dossier et avons été auditionnés par la Commission paritaire de l’emploi. Nous avons obtenu la reconnaissance en mars 2004 (la promotion sortie en 2006 a donc été la première reconnue). Puis, dès 2005, avec la réforme LMD, la formation est devenue un Master sur 2 ans.

La reconnaissance : nous nous sommes battus pour cela.

Quel est l’intitulé et l’objectif pédagogique du cours que vous donnez à l’IFP ?

J’enseigne la sociologie du journalisme. L’objectif est de donner des repères aux étudiants sur l’histoire et l’identité de la profession – qu’ils connaissent assez mal globalement – et de réfléchir avec eux aux transformations des pratiques professionnelles et au pouvoir des journalistes aujourd’hui. L’idée sous-jacente est que l’approche sociologique permet de contextualiser et de prendre du recul.

Personnellement, que vous apporte l’enseignement ?

De manière générale, c’est un métier que j’ai choisi, c’est une vraie vocation ! Ce que je préfère au départ c’est la recherche, faire des enquêtes, écrire, mais la recherche à elle seule ne suffit pas. Être en face d’étudiants est indispensable car c’est un public exigeant qui ne vous pardonne rien ! Il faut savoir vulgariser, c’est un vrai travail sur soi. Et puis j’aime le contact avec les étudiants. Ça maintient jeune !

Quel conseil donneriez-vous à un jeune qui veut devenir journaliste ?

D’abord, il faut qu’il ait la passion du métier, sinon ce n’est pas la peine. C’est un très beau métier, mais il faut en vouloir, avoir bien conscience des obstacles et être prêt à faire des sacrifices. Ensuite, s’il veut faire la différence, il faut qu’il soit exigeant vis-à-vis de lui-même et de son public. Le journaliste a une vraie responsabilité. Il ne peut donc pas se permettre d’être approximatif, de ne pas vérifier l’information. Enfin, il faut qu’il touche à tout dans le bon sens du terme, c’est-à-dire qu’il apprenne à travailler sur tout type de supports, qu’il soit multi-médias, polyvalent – quitte ensuite à se spécialiser – car c’est indispensable dans le contexte actuel, sinon il ne s’en sortira que difficilement.

On a toujours parlé de crise du journalisme, mais la crise est consubstantielle à cette profession.

Justement, dans le contexte actuel, êtes-vous optimiste quant à l’avenir de la profession?

Oui parce que depuis que le métier existe, il y a toujours eu des inquiétudes, on a toujours parlé de crise du journalisme, mais la crise est consubstantielle à cette profession. Il est vrai que le métier est aujourd’hui bouleversé par les nouvelles technologies et la participation du public, mais si les journalistes réagissent efficacement, montrent qu’ils apportent une vraie plus-value par rapport à l’information superficielle, il n’y a pas de raison que le journalisme disparaisse. Je ne crois pas à la disparition du journalisme. Donc, je suis relativement optimiste. Je pense que dans notre société de plus en plus complexe, nous avons besoin des journalistes, mais, encore une fois, à condition qu’ils aient une vraie compétence et qu’ils apportent un regard critique et original.

Avez-vous des modèles de journalistes ?

Je n’ai pas de modèle parce que je ne suis pas devenu journaliste, même si un moment cela m’a effleuré l’esprit (en vérité je pense que je n’étais pas fait pour ce métier). Il y a des journalistes que j’ai lus avec intérêt et dont j’ai suivi avec attention la carrière.  Ils commencent à être un peu âgés car ils appartiennent une génération un peu ancienne : j’aimais beaucoup Jean Lacouture qui, pour moi, est quelqu’un qui pratiquait un journalisme de qualité. Personne ne m’a vraiment impressionné à la télévision !  J’appréciais néanmoins en tant que journaliste de radio et de télévision Philippe Gildas. J’y ajoute Alain Duhamel, qui s’est bonifié avec le temps : je ne l’aimais pas trop au début, mais à présent je trouve qu’il propose des analyses politiques souvent pertinentes, même s’il ne fait pas de terrain. Et chez les plus « jeunes », je lis et j’écoute avec intérêt Laurent Joffrin, Renaud Dély, Raphaëlle Bacqué. J’aimerais bien vous citer quelqu’un de trente ans qui sorte du lot, mais non… Je vais encore vous citer des gens plus âgés !

Quel(s) souvenir(s) garderez-vous de vos années de direction du Master ? 

De très, très bons souvenirs ! C’était un défi passionnant de faire monter en puissance cette formation, de lui donner une légitimité. J’ai beaucoup aimé le profil des étudiants, un public particulier, très exigeant et en même temps très demandeur, ce qui oblige à aller constamment de l’avant. Je n’ai que de bons souvenirs, même si de temps en temps la tâche a été compliquée. Je n’ai pas de regrets. Quand je suis parti, mes collègues m’ont dit : « Mais tu ne pourras pas supporter ! ». En réalité, je supporte très bien ! Sans fausse modestie, je ne suis pas mécontent de ce que j’ai fait, de ce que nous avons fait, car c’est un travail d’équipe.

Mais parfois c’était compliqué…

Oui, parce qu’il fallait se battre pour obtenir des locaux et du matériel. Il fallait monter en puissance, lutter contre l’administration, contre les inerties un peu partout. Il fallait obtenir des contacts dans le milieu professionnel que nous n’avions pas, pour ouvrir des portes. Cela a été un combat permanent. Il fallait faire preuve d’opiniâtreté et de persévérance. Mais nous y sommes arrivés.

Propos recueillis par Laureen Bouyssou (Promotion 2012)

Photo : Sara Taleb (Promotion 2013)